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Maine in Havana

Voyage Rock


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Un son profondément US d'un groupe venu de Montpellier avec un chanteur Porto-Ricain. Maine in Havana fait résonner un rock mondial, comme une incitation au voyage. Cerise sur le gâteau, l'escapade en musique vaut largement de s'y attarder, sur disque en attendant de les retrouver en live.

Maine in Havana donne le ton de la thématique du voyage dès l'évocation de son nom - même si l'origine du nom n'a rien à voir avec une carte postale touristique, on y reviendra plus tard. Le groupe s'est fondé en 2016, autour de la rencontre d'Eduardo Lecleres Diaz, chanteur porto ricain et de quatre musiciens français, autour dune idée commune : revenir à la simplicité de l'émotion créée par la voix tandis que la musique se mettrait au service des paroles créant des climats variables tantôt calmes, orageux ou inquiétants. Le groupe a pris le temps de se constituer, près de deux ans en fait. Eduardo, Yanis Blancas (claviers, choeurs) et Boris Blancas (guitares, choeurs), qui avaient joué ensemble lors d’un tribute aux Ramones, commencèrent à travailler sur des chansons. Puis Frédéric Loumagne (basse, contrebasse, choeurs), qui connaissait Eduardo depuis longtemps, les rejoignit. Enfin, après avoir essayé plusieurs batteurs, Vincent Thoyer, qui par ailleurs jouait avec Boris et Yanis dans un autre projet, compléta le groupe fin 2017. Sur ce projet, chacun des musicien a accepté de sortir de sa zone de confort, celui-ci étant en rupture avec leurs habitudes musicales. Boris et Yanis viennent du punk-rock, Frédéric du garage, de la surf music, du métal extrême, Vincent du ska, du reggae, du jazz et Eduardo a participé à divers projets. Chaque membre, avec son univers différent, ouvre davantage l’horizon des possibilités musicales du groupe. Le résultat de ce melting-pot est saisissant et passionnant: minimaliste, tour à tour grave et enlevée, intrigante et habitée. Inspirée de folk, de blues et de rock, mélange d'ambiances psychédéliques, américaines et latines, de guitares fuzz et d'orgues vintages. Des poèmes réalistes et crus, chantés en anglais, où la nuit accompagne la solitude et l'alcool dans la brume d'un New-York transfiguré en une cité méditerranéenne. En a résulté un superbe album, sorti en mai 2020, plongeant l'auditeur dans un fascinant road-trip rock au sens large, sonnant autant blues que rock psychédélique, donnant l'impression de n'appartenir à aucune époque.

Dès l'ouverture de l'album, la voix d'Eduardo nous mène dans un road-trip profond, on peut avoir cette impression de découvrir la bande-son d'un film sans âge au plus loin de l'Amérique lointaine. Une voix grave et profonde, des guitares bluesy accordées sur des claviers rajoutant une confusion temporelle : l'atmosphère est posée, elle se confirmera morceau après morceau, Maine in Havana nous emmènera loin. Le vécu d'Eduardo peut en partie expliquer ce ressenti. "J’ai habité au Nouveau Mexique pendant quelques temps, et c’est vrai que les routes longues et droites qui traversent le désert donnent beaucoup de temps de contemplation. Il y a un espèce de vide sonore qui, de façon spirituelle, devient l’acteur le plus important... Nous essayons de rester le plus minimaliste possible pour laisser les notes avoir une vie entière dans l’espace." Ce qui frappera tout auditeur de l'album, c'est cette profonde richesse musicale. Maine in Havana est inclassable sur l'échiquier Rock: tour à tour psychédélique, blues, garage, et bien d'autres choses encore. Ainsi, après "Cimarron" - mélodie inquiétante post-blues qui rappelle le sud profond et hante l’histoire d’un esclave ayant échappé à sa condition, débarque "The Veil", plus puissant et brut, le quasi-psyché faussement joyeux "Preus"... Les influences de chacun permettent au son de prendre diverses formes, avec évidemment la cohérence d'un but commun.

"Nos influences viennent beaucoup du folk moderne... Vic Chesnut...Townes Vand Zant.... Tom Waits... Jeffrey Lee Pierce... Nick Cave, bien sûr. Nous aimons aussi le côte froid du post punk et les expériences psychédéliques musicales de l’Amérique latine et de l’Afrique des années 60-70’s. L'album effectivement, est un melting-pot. Nous partons du principe que les contraintes imposées par un style de musique, empêchent le développement d’un son que l’on peut appeler le nôtre. Notre groupe est composé des musiciens avec différents parcours musicaux... donc on profite de ça pour donner la chance à une chanson d’être ce qu’elle veut être." Album qui peut d'ailleurs être décomposé en deux parties distinctes, comme deux faces d'un vinyle, impression qui va conforter le sentiment si agréable d'avoir en écoute un disque impossible à dater. La première partie, malgré une énergie évidente, donne une impression d'intimité, avec un côté cinématographique évident. Toujours ce sentiment d'être en possession d'une BO d'un film imaginaire. La seconde face sera plus brute et rythmée, et forcément fait penser au potentiel live du groupe. C'est d'ailleurs finalement sur scène que l'idée de Maine in Havana a pris forme.

"La première fois qu’on a joué ensemble, c’était pour un tribute aux Ramones, il y a quelques années. C’est à ce moment que moi, Eduardo et Yanis Blancas, on a eu l’idée de explorer d’autres intérêts musicaux qu’on avait en commun. Dès qu’on a commencé le processus de composition, on a fait appel à des amis musiciens que l’on considérait adéquats pour travailler de façon collective." Forcément la situation sanitaire est frustrante pour le groupe. En attendant de pouvoir les retrouver sur scène, Eduardo peut nous donner l'eau à la bouche quant aux idées de Maine in Havana sur scène. "Nos concert partent toujours de la volonté de raconter un histoire et présenter la BO qui met en ambiance les paroles. On espère, chaque fois, pouvoir donner au public une large palette d’émotions. Le plus triste de cette période de confinement, c’est de perdre complètement ce contact avec le public, c’est un échange qui nous nourrit et nous donne l’envie d’aller toujours plus loin. Mais, entre temps, on essaye de composer et d’affiner nos idées pour le futur. Les concerts nous manquent beaucoup. Le confinement nous a coupé l’herbe sous le pied. Tout est reporté ou annulé et on ne peut prévoir grand-chose... On avait deux dates importantes, le festival des Primeurs, à Castres et à Massy : Castres a été annulé et Massy est maintenu pour l’instant. On espère que ça se fera. On a encore d’autres projets en tête, c’est un peu tôt pour en parler."

On se contentera donc pour l'instant de ce sublime album et du voyage proposé par le groupe montpelliérain. Comme un symbole, il se conclut en toute beauté, avec "We Night Birds", mélange d'émotions entre mélancolie et légèreté joyeuse, idéal pour une montée progressive en apogée d'un voyage profond et sincère. Voyages et explorations reviennent souvent à l'esprit en découvrant Maine in Havana, et c'est tout sauf un hasard. "Maine in Havana est un album autoproduit dans lequel on s’est permis beaucoup de libertés et d'exploration collective. L'enregistrement s'est déroulé en deux sessions de deux jours. Il est basé sur des prises live. Par la suite, quelques rajouts ont été effectués par Luca Sapio (Blind Faith Records/Rome). C’est lui qui a mixé et réalisé l’album et ce sont Gabriel Kerpel (King CoyaBuenos Aires) et Yoann Poncet (Montpellier) qui l’ont masterisé." Et finalement, au-delà de l'odyssée sonore proposée par le groupe, authentique, spontané et profond, le seul nom Maine in Havana peut aussi offrir une autre lecture au son si profond du groupe."Le nom de Maine in Havana fait référence à un événement historique : l’explosion du navire de la Marine américaine, le USS Maine dans le port de la Havane, ce qui déclenchera la guerre hispano-américaine." Quelle que soit la façon d'appréhender la musique de Maine in Havana, sa découverte trouble autant qu'elle peut susciter l'enthousiasme. Qu'il est beau et agréable ce mélange de sensations.