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ELISE MASSONI


Voyages intérieurs


IL N'EST PAS TOUJOURS NÉCESSAIRE DE SORTIR UN PROJET FLEUVE POUR MARQUER LES ESPRITS. LE DERNIER EP D'ELISE MASSONI EN EST UNE EXCELLENTE PREUVE : "STRAIGHT IS A LIE", EN DEUX TITRES SEULEMENT, TRACE LE SILLON D'UNE ÉLECTRONIQUE EXIGEANTE OÙ LE TROUBLE ET LA BEAUTÉ SONORE COHABITENT. LES PARCOURS D'ELISE MASSONI N'A RIEN D'UNE LIGNE DROITE, SA MUSIQUE NON PLUS.


Anciennement connue sous le nom d'Elise, Elise Massoni a déjà fait remuer de nombreuses jambes et permis à de nombreux esprits imaginatifs de se laisser aller à des instants contemplatifs. L'année 2021 est particulièrement chargée pour elle, avec notamment la sortie de "Straight Is a Lie", sur TEMET Music, un EP long de deux titres, mais bien plus riche et foisonnant que sa longueur peut faire penser. Niché très haut entre Ambient, Electronica, beats UK et lointainement House, "Straight is a Lie" questionne autant que conforte un esprit vagabond à rester dans son activité favorite. Tout fait sens chez Elise Massoni, rien n'arrive réellement par hasard, si ce n'est celui des rencontres qui ont pu l'aider à se forger.

Chaque morceau a une histoire, même un simple sample vocal peut en avoir une. Évidemment chaque étape de son parcours a eu son importance. Si beaucoup ont pu la découvrir derrière les platines, dans la vraie vie ou sur Rinse FM notamment, ont pu danser aux sons de ses sélections pointues et éclectiques, le pendant "studio" d'Elise Massoni est comme une synthèse de 30 années de musiques électroniques, entre Détroit, Chicago, Sheffield, Bristol, Paris et Berlin. Comme un voyage infini en musique, en soi, et cette thématique n'est pas arrivée par hasard, puisque son parcours personnel l'a menée à vivre et travailler cinq années à Shanghai, avant un retour à Paris entrecoupé d'une transition Berlinoise.

SHANGHAÏ


Faisons un petit saut dans le temps. Bien avant "Straight is a Lie", c'est en Chine qu'Elise Massoni a commencé à affirmer son identité musicale. Partie là-bas pour la musique déjà, elle y a vécu une expérience unique, où rencontres et découvertes ont été au rendez-vous.

"Je suis partie à Shanghai en 2010, avant l'expo universelle, après avoir fini mes études d'ingé son. Je pensais ne rester que quelques mois, histoire de voir autre-chose. Je n'avais pas encore bien découvert la scène Techno à Paris, je ne connaissais pas encore Dement3d, par exemple. Finalement j'y suis restée cinq ans_ ! Tout ce dont les gens parlent, maintenant, à propos de cette scène, c'était encore très nouveau et underground à l'époque. Il n'y avait pas encore tous les ponts qui existent aujourd'hui. J'ai fait la connaissance de mes futurs "bff", avec qui j'ai beaucoup joué en live et mixé, là-bas. Je jouais dans des clubs underground, j'avais des résidences aussi. C'était du mardi au dimanche, ça s'enchaînait à grande vitesse. Dans cette bande, Acid Pony Club, il y avait Nahash (SVBKVLT) qui est maintenant à Montréal et Pyramid ofKnowledge (S.O.N.S) à Séoul. . ."

Photo : Victor Malecot

L'influence de son expérience chinoise est même encore plus présente qu'elle ne peut en avoir l'air. Par le biais des acteurs de la scène locale, elle a pu affiner son oreille et se nourrir de nombreuses nouvelles influences, qui chacune entreront de plain-pied dans ses futures créations personnelles, si riches.

"Ça a été un grand mélange de plein de choses pendant ces cinq années ! Ça m'a complètement ouvert les oreilles et l'esprit. Ma culture n'était pas énorme, quand j'y suis arrivée. À part un peu de Détroit et Chicago, je ne connaissais pas grand chose. Un club comme le Shelter (ALL) ou quelqu'un comme Gareth Williams (Gaz), le boss de SVBKVLT, par exemple, qui a toujours été à fond dans Kode9, Hyperdub, toute la scène UK, m'ont permis de sortir de ma zone de confort. Mais ce sont, avant tout les Pony qui m'ont fait découvrir plein de choses, notamment Nahash qui avait ses soirées Drones au Shelter, le jeudi. Je ne pouvais pas écouter la moitié des live noise qu'il bookait, mais j'y ai entendu Pan Daijin pour le premier live de sa vie, par exemple. Red Bull Academy avait fait un Bass Camp Beijing auquel j'ai été invitée, ça m'a également beaucoup ouvert l'esprit. Entre autres choses."

A l'aise derrière les platines, Elise Massoni s'est également familiarisée avec d'autres disciplines, de quoi l'amener progressivement vers la production, comme une suite logique et limpide.

"J'ai aussi pu, là-bas, commencer à faire des live d'abord à quatre (Acid Pony + Tzu Sing) puis à trois. J'y ai acheté ma première machine, une Korg Electribe SX, à Miss Kittin d'ailleurs, pour l'anecdote, et je l'ai intégrée tout de suite en live. J'ai toujours voulu être DJ, mais pas forcément faire de la prod, même si j'ai un peu essayé, quand j'avais 16 ans. Quitter la Chine m'a fait me bouger aussi. J'avais mes potes qui étaient toujours là pour m'aider, me montrer les choses. C'est une fois partie, que je me suis emancipée, petit à petit"

Mais, même partie ensuite de Chine, cette expérience revient inlassablement comme une source d'inspiration de la plus haute importance pour Elise Massoni, au-delà de l'expérience humaine et de cette vie à 100 à l'heure. La découverte de ses créations sonores révèle une multitude d'influences, leur donnant une impression d'unicité forte. Ce merveilleux grand bazar sonore, l'artiste le confirme, avec toujours un retour en Chine par l'esprit.

"Des influences, j'en ai plein. J'ai découvert la musique électronique à travers les compil' de House, à l'époque, à la FNAC, sur lesquelles tu avais toujours de bonnes choses comme du Paul Johnson (RIP). Et puis j'ai acheté des mix. Par exemple, j'étais assez fan de Miss Kittin & The Hacker, Aphex Twin, Dopplereffekt, des choses assez classiques. J'étais très fan d'electro, j'avais plus de mal avec le 4/4. Je me suis détachée de la House assez vite, comme un rejet, ce n'était pas assez dark pour moi (rires). Quand je suis arrivée à Shanghai, on mixait assez house, mais c'était un grand mélange de plein de trucs techno, electro et house. Raph et Clem (Acid Pony) avaient plein de vinyles de House, ce sont eux qui m'ont fait réapprécier la House. Et puis des choses plus UK. Puis toujours un grand mélange de plein de choses. A Berlin j'ai peut être plus affirmé ce côté “UK” comme on aime généraliser en France, mais j'ai fini par me retourner vers quelque chose qui n'a jamais été trop loin de moi non plus, la techno, plus rapide surtout, j'aime mieux. J'ai toujours aimé les choses rapides. "


BERLIN, LA TRANSITION, PARIS


"Je commençais à m'intéresser à la prod, mais je n'avais pas l'énergie de faire ça bien. En 2015, je suis partie en transition, à Berlin, j'avais besoin d'une bulle avant de revenir vraiment. Et il fallait que j'arrête de mixer un peu, que je fasse une pause pour repartir sur des bases saines et penser au moyen, long terme. Je voulais y faire un EP, ce qui est arrivé sur Man Band, le label de Toma Kami, en 2017. Puis ça a été un peu le chaos, j'avais quitté la Chine suite à une période émotionnelle très chargée. Je suis retournée à Paris fin 2018. J'ai mis un an encore à me remettre de tout ça, à retomber sur mes pattes, et finalement à refaire de la prod, en 2019"

Les choses ont pu s'enchaîner alors, en termes de productions. Rapidement proche de François X, elle affirme un style profondément hybride, comme une synthèse de nombreuses années de musiques électroniques servies à la sauce "Elise". L'année 2021 est d'ailleurs particulièrement riche en sorties pour Elise Massoni. Avant son EP "Straight is a Lie", on a pu la remarquer sur une sortie du label XX Lab (de François X, justement), avec le morceau "Silk", petite bombe Techno expérimentale, sur lequel Elise Massoni répète à l'infini qu'elle a "tellement envie de rien faire".

"Je l'ai faite en 2019. J'étais à Londres, il faisait moche_ ! Après cette année chaotique, ça commençait à aller un peu mieux. Bien-sûr il y a une histoire derrière ce morceau, il y en a toujours ! (rires) Je suis enfant unique et mon père me disait toujours que l'ennui était un luxe_ ! Et il y a ce truc de "j'ai vraiment envie de rien faire". Pendant un mois, j'ai enregistré tous les jours pour Watching Airplanes, des italiens qui sont à Londres, j'avais kiffé leur album, j'étais en quête d'inspiration. Ils m'ont dit qu'ils avaient aimé ma voix, et m'ont demandé d’enregistrer des choses, pour qu'ils s'en servent pour leurs tracks. Tous les matins je racontais n'importe quoi, ils voulaient que je parle en français. Donc, je prenais mon café, et je leur racontais un truc_ ! Et ce jour là, sans inspi, je me suis dit pourquoi je ne me servirais pas moi aussi de ma voix, et c'est à partir de là que je me suis samplée. "



STRAIGHT IS A LIE


Sorti début juillet sur le label TEMET, "Straight is a Lie" est un parfait condensé d'humeurs et influences, et illustre le personnage musical que s'est construit Elise Massoni. Comme ses influences et son parcours, "Straight is a Lie" est varié, riche, et loin d'être linéaire. En l'espace de deux tracks (plus un videoedit de "G & More"), Elise Massoni nous plonge dans un univers fait, entre autres, d'ambient, d'electronica à l'architecture complexe et travaillée, de percussions lancinantes... Comme tout ce que propose Elise Massoni, "Straight is a Lie" a une histoire, est rempli d'anecdotes qui, mises bout à bout, donnent encore davantage de sens au son. C'est tout sauf un hasard si "Straight is a Lie" sonne comme une oeuvre profonde et mature, avec toujours cette audace et cette spontanéité, semble se jouer de fantômes émotionnels pour proposer un nouveau point de départ.

Cover : "Straight is a Lie"

"Simon (Simo Cell, boss de TEMET), que j'avais recroisé chez Rinse, me disait de lui envoyer des morceaux. Je lui en ai envoyé, dont "909 4 Romantics". C'était le premier morceau que j'ai pu faire après mon année blanche. Je l'avais fait sur un ordi tout neuf qui remplaçait, enfin, un ordi volé six mois auparavant et qu'on m'a volé trois semaines après ! Pour la faire courte, on m'a tout volé en six mois. J'ai perdu toute ma musique et aussi mon compte Instagram. . .C'est un détail idiot, mais tres très handicapant. Bref, c'était le premier track de remise en route, où j'ai assumé de m'arrêter là, car il pouvait être terminé tel quel. J'ai toujours du mal à les ressortir. "Silk" par exemple, ça a été un enfer. J'avais l'essentiel, comme toujours, mais à l'époque, je n'arrivais pas du tout à faire des tracks clubs. Au départ, il n'était pas du tout comme ça, il y avait beaucoup plus ces petits pads et de variations (pas forcément utiles) par exemple. J'ai beaucoup été aidée par François X sur la partie editing, il m'a orienté vers la voix, les drums, le sub. Genre : "on s'en fout de ton refrain !" A la base, j'ai toujours peur qu'on s'ennuie avec des loops ! Et "909", pour le coup, c'était vraiment un track "à la Elise", dans le sens, avec un edit très intuitifet pas forcément abouti."

Pour commencer, "G & More", donne l'impression de montrer une once de positivité sur un espace ravagé, comme si la reconstruction allait permettre de retrouver joie et amour. Les nappes y sont chaudes, colorées, mais se basent sur une structure évoquant une atmosphère glaciale, presque apocalyptique.

" J'ai fait "G & More" pendant le premier confinement, en pyjama, dans mon salon, avec mon clavier MIDI, plein de plug-ins. C'était la track "optimiste". Je voulais qu'il y ait un clip avec, l'idée c'était que tout passe, tout est cyclique. Il y a forcément du bon après le mauvais"

Le clip désiré a vu le jour, avec une oeuvre à part entière, qui donne un sens supplémentaire à un morceau déjà grand sur le seul aspect sonore. Produit par Jack Anderson, ce petit joyau remet les choses à leur place, plonge l'auditeur-spectateur dans une expérience sensorielle et de réflexion très profonde autour des questions de cycles.

"C'est un peu par chance que ça a pu se faire. Jack était assez fan de_TEMET, et de notre côté, c'était pile au moment où on cherchait quelqu'un pour faire cette vidéo. Il est un peu tombé du ciel. Au départ, il était plus dans une envie de faire un teaser, des choses courtes de 30 secondes, 1 minute maximum. J'ai pu faire un videoedit de 3 minutes 30, mais pas quelque chose de plus court_ ! Il a fait un tafcomme une équipe de dix, c'est incroyable. Au final il a tout fait de A à Z, j'ai écrit l'histoire et l'ai accompagné, on est tous les deux très contents du résultat. "

De l'autre côté, il y a "(9_9) 4 romantic", qui nous transporte, comme dans une faille temporelle, où l'instant va rester suspendu, où l'on se laisse bercer et envelopper par la douceur des nappes, où les accidents et breaks ne sont que des évidences, des passages obligés pour bien se rappeler que cette réalité ne sera, au final, qu'éphémère. Un track qui pourrait être une porte d'entrée idéale à son univers. Mais pas la seule ! Finalement, ses multiples influences qu'elle a aujourd'hui parfaitement assimilé offrent une multitude d'ouvertures qui peuvent attirer aussi bien clubbers en recherche de nouvelle sensations, rêveurs en quête d'expériences sonores accompagnant leurs errements cérébraux, aficionados de la recherche de la texture sonore idéale...

Ses résidences sur Rinse FM montrent toute l'amplitude de l'ouverture musicale d'Elise Massoni. On y croisera autant de la Techno à mettre très fort (on a pu l'entendre citer u.r.trax parmi les prodiges de la scène française, comme nous le faisions ici il y a quelques mois), que des tueries made in "scène UK", qui donnent furieusement envie de traverser la Manche. On comprend au travers tout ce que touche Elise Massoni qu'on a en face de nous une artiste pleine de caractère et de curiosité, en équilibre entre force et humilité, dont les émotions peuvent être transmises de mille et unes façons. La suite, telle qu'elle la projette, fait croire en de belles découvertes à venir, toujours aventureuses et sans filet.

"Je fais pas mal de morceaux clubs, pour une fois. On était très contents de la sortie de l'EP, mais j'aurais peut-être dû faire un morceau de plus, un peu club. Je fais donc mes premiers morceaux 4/4. J'ai également en route un remix, dont je ne peux pas encore parler, et un morceau pour une compil' du label Air Texture, dont les fonds seront reversés à Sentinelles de la Nature. Et, bien-sûr, je continue de bosser avec XXLab_!"

Séduits par ses oeuvres de studios ? Vous pourrez également la voir sur scène très bientôt puisqu'Elise Massoni sera à l'affiche du Peacock Society Festival à la rentrée.