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JANE'S DEATH


La Fleur et l'Amour


"A STORY OF LOVE", PREMIER ALBUM DES MARSEILLAIS DE JANE'S DEATH CONTINUE DE RÉSONNER COMME L'UN DES ALBUMS LES PLUS EXCITANTS DU MOMENT. COLDWAVE DANS L'ÂME, C'EST PAR LE BIAIS DE RENCONTRES QU'IL S'EST ÉTOFFÉ D'UNE MULTITUDE D'INFLUENCES. AVEC EN FIL ROUGE UNE BELLE HISTOIRE, PAS COMPLÈTEMENT FICTIVE.


Commençons par la fin et l'actualité récente de Jane's Death. "A Story of Love" paru en juin n'est que le premier album du groupe, qui comme son nom ne l'indique pas, navigue entre coldwave et folk cosmique. C'est que tout semble pesé à la perfection chez Jane's Death, depuis le nom du groupe à celui de l'album, en passant bien-sûr par son contenu : raconter des histoires, quitte à se laisser aider par notre imaginaire. "A Story of Love", on le détaillera dans la chronique en fin d'article, est un album marquant, à tout point de vue, assez difficilement oubliable. En-dehors du commun des rock-bands qui peuvent mettre beaucoup de temps avant de trouver leur propre voie, Jane's Death a pourtant débuté de manière assez classique. Des musiciens passionnés, des rencontres, un projet. Le leader du groupe, Lucas Martinez remet les choses dans l'ordre.

"A la base, Jane's Death, c'est Luka Bertolino et moi. On répétait ensemble à la Bouilladisse à Aubagne, on était beaucoup inspiré par des sons coldwave, avec beaucoup de riffs de guitares, une ambiance un peu nocturne. On a commencé à écrire quelques chansons. On était assez fans d'art, de photographie, on est tombé sur la photo de JanRose Kasmir, "La Jeune Fille À la Fleur". On a écrit la chanson "Jane" avec cette photo en référence. Toutes les démos qu'on avait, des heures de démos un peu en freestyle, on découpait les meilleurs passages, nous on servi de base à l'album. "

Cette photo comme point de départ, oeuvre iconique de Marc Riboud prise lors des manifestations pacifistes à Washington en 1967, a fait beaucoup plus qu'inspirer le duo d'alors. Elle s'est muée en fil conducteur audacieux d'un premier album, qui a pris le temps d'être conçu, autant par la force des choses que pour arriver au résultat le plus proche possible des attentes de leurs créateurs.

"Au niveau des textes, on est parti sur un délire un peu cosmique sur une histoire d'amour entre la petite fille et le soldat. On a ensuite intégré Paul à la guitare, un batteur. On avait une formation qui s'appelait Kids Riot pendant quelques années, on a fait quelques lives minimalistes, unplugged. Le fait de faire un album était un projet qui nous excitait depuis le début. On voulait faire aboutir le projet avec un objet un peu unique. On s'est enfermé en studio l'été 2018, c'était davantage une salle de répet' qu'on a aménagée avec notre matos. Et c'est de là qu'on a choisi de s'appeler Jane's Death, puisque le son a été un peu durci. On a mis plus de guitare électrique. On a mélangé notre son de base, cold, folk, avec celui de Matthieu et Marine qui nous ont rejoint qui est plus rock, shoegaze, garage, psyché. Le son est assez atypique : on n'a pas fait une recherche de perfection, c'est assez brut. C'est un son différent de ce qui peut se faire, on voulait vraiment avoir une patte."

Hypnotique, envoûtant, le son "Jane's Death" dégage réellement un petit supplément d'âme. Si la froideur musicale est globalement de mise, le groupe marseillais s'accorde la liberté de fissurer la glace, laissant au passage un peu de lumière jaillir. C'est d'autant plus frappant sur le morceau de conclusion de l'album, "Jane's death", beaucoup plus solaire que ne l'est l'album dans sa globalité.

Photo : Marc Riboud

"La tracklist de l'album a été définie tout à la fin. Le dernier morceau est plus pop, ouvert, avec un peu de gaieté. On l'a mis à la fin pour amener un peu d'optimisme, ouvrir sur quelque chose de plus positif. C'est contradictoire dans un sens, parce que c'est la mort de Jane. Mais c'est une mort un peu ésotérique. Ce n'est pas au sens littéral. Le soldat la cherche, partout, dans l'espace, on ne sait pas. . . Mais à la fois la musique est joyeuse. C'est aussi un des titres les plus riches en termes d'arrangements, de cassures rythmiques. . . "

Impossible de ne pas s'attarder également sur le morceau "A Story of Love", qui donne finalement le titre à l'album. Très symbolique du "son" Jane's Death, avec ses guitares profondément coldwave et ses mélodies fortes, il a une histoire qui mérite le détour. Une belle histoire, même, que l'on perçoit dès l'arrivée d'une voix "extérieure" au groupe. Cette voix, c'est celle de JanRose Kasmir, qui n'est autre que la fameuse "jeune fille à la fleur", et qui a fait plus que proposer sa voix.

"A la base c'est une démo, un des titres qu'on avait dans les vieux tiroirs. On ne l'a pas sélectionné au départ dans l'album. Il y avait juste le riffde guitare et ma voix qui répétait « It's a story of love ». C'était très minimaliste, un peu comme Mark E. Smith quand il scande les phrases. Je suis assez fan de ça. Quand j'ai fini le mixage de l'album en décembre 2020, il manquait un titre, un single un peu inédit. J'étais en contact avec JanRose Kasmir depuis quelques années, elle avait déjà entendu la démo de « Jane » sur Youtube, elle avait été touchée. Elle était entrée en contact avec nous parce qu'on avait sorti la photo de Marc Riboud avec la chanson Jane. Je l'ai relancée en lui demandant si elle se sentait de collaborer. On a échangé quelques semaines, et je trouvais que le mieux, comme elle écrit plein de poèmes, serait qu'elle enregistre des poèmes avec son téléphone. Elle nous en a envoyé 4 ou 5, on a fait une sélection. Là, elle cherche son héros, c'est un peu une histoire d'amour. On l'a réarrangé, ça s'est fait très rapidement, en une semaine. Le morceau est né à nouveau comme ça, 5 ans plus tard. "

Aussi troublant et profond que soit ce morceau, il symbolise une certaine mise en miroir de Jane's Death face à son propre album, sa propre histoire. La mise en abyme est d'autant plus forte que l'histoire de cette "fille à la fleur", romancée par la plume de Jane's Death est réellement un fil rouge à l'ensemble de l'album, même si le groupe laisse ouvertes d'autres portes d'entrées.

"C'est devenu le fil conducteur de l'album. On ne voulait pas donner quelque chose de clair et précis. On veut laisser une part d'imaginaire, ce n'est pas qu'une histoire d'amour, mais ça peut être lu comme ça. "



Sur disque, Jane's Death propose une formule un peu magique de cold-folk rêveuse, qui va bien au-delà du concept album. L'identité "Jane's Death" est forte et remarquable, le groupe a su ne pas partir dans une démonstration technique de ce qu'ils sont capable de faire. Aussi mature que "A Story of Love", puisse paraître, il a été produit intégralement en interne, en indépendance totale. C'est Lucas Martinez lui-même qui a enfilé la casquette de chef d'orchestre de l'ensemble.

"Sur ce projet, je suis aussi le producteur audio, j'ai réalisé tout ce qui est prise de son, mixage. J'ai déjà sorti des albums avec d'autres groupes, mais en tant qu'artiste et mixeur, c'est mon tout premier. "

Impossible de savoir si c'est cette spontanéité qui donne un rendu si unique, toujours est-il que pour une première, c'est une franche réussite, qui en appelle beaucoup d'autres, espérons-le. Et le groupe Jane's Death, malgré son nom qui restera ancré dans ce "personnage " de Jane, ne saurait rester éternellement centré autour de cette histoire-là.

Cover : "A Story of Love"

"L'idée c'est de continuer à sortir des titres, à en écrire des nouveaux rapidement. On a plein de choses sous la main, on veut pouvoir sortir de cette histoire de Jane, qui nous a suivi depuis le début du processus de l'album. Ça a créé une identité, l'idée c’est de garder l'ambiance sonore, mais de sortir du contexte de l'album. On va essayer d'enregistrer un single d'ici septembre, octobre."

Et entre temps, espérons également croiser la route de Jane's Death autour d'un concert. Le potentiel explosif en live se ressent à chaque écoute de l'album. Difficile d'imaginer rester assis lors de l'une de leurs sessions, a priori quelles que soient les consignes, le groupe ne proposera pas de version "soft-assis" de leurs shows. Une question de temps principalement, mais fondamentalement c'est une bonne chose tant l'énergie déployée par Jane's Death ne saurait être contenue dans un format totalement statique.

"On ne va pas avoir trop le temps de faire un truc carré pour des gens assis. Nous on n'y pense pas. De toute façon ce sera du positif !"

Leur retour exact sur scène reste incertain - il sont annoncés au Festival La Guinguette Sonore à Istres début septembre, dont la tenue n'est pas sûre. Mais nul doute qu'ils pourront rapidement croiser les fers sur des scènes à leur image, la description qu'en fait Lucas donne évidemment l'eau à la bouche.

"On a beaucoup joué dans des clubs rock à Marseille, comme La Machine à Coudre. C'est un peu imprégné de cette ambiance là. Un peu moins folk que sur l'album, on n'a pas encore intégré tout ce qui est électronique. On est en formation groupe de rock. Il y a des passages un peu noise, avec des envolées de guitares. . C'est un live assez tendu, on n'est pas un groupe conventionnel, avec un local de répét'. Il y a eu un gros travail de réflexion et d'écriture. Même nous on ne sait pas ce qui va se passer!"