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REBECCA GOLDBERG


The Acid Queen


Détroit - Michigan, berceau de la Techno, mythe encore vivant et vibrant. Si sa première vague d'artistes continue de nous abreuver d'un futurisme industriel, un certain nombre d'artistes ont su reprendre le flambeau. Le son de Détroit continue de faire danser et rêver. Portrait d'une des artistes les plus représentative de la nouvelle scène Techno made in Detroit. Rebecca Goldberg incarne à merveille l'âme intemporelle de cette musique.


Juan Atkins, Kevin Saunderson, Kenny Larkin, Stacey Pullen... Des noms qui font rêver. Une ville, un son, une âme, tourné vers le futurisme. Et qui dit futur dit relève, renouvellement et nouvelle garde. Parmi ces artistes issus de l'underground si vif de Détroit, une artiste enchaîne les sorties de haut-niveau ces derniers temps. Rebecca Goldberg a pris le temps de faire son trou au sein de cet underground Techno made in Détroit. Depuis une dizaine d'années, elle se produit en tant que DJ, avant de s'intéresser plus fortement à la production, avec un talent immense à l'écoute de sa (déjà) riche discographie.

Repérée par l'excellent label Detroit Underground, elle est aujourd'hui sur le point de proposer une cinquième sortie en vinyle, l'histoire ayant commencé en 2017 avec le très brut et intense "313 Acid Queen". Chaque morceau peut y être vu comme une exploration acid d'un lieu de la ville, une carte postale sonore très éloignée des standards du genre, mais terriblement efficace et inspirée.

"J'apprenais tout juste à faire des choses avec le peu d'équipement de studio que j'avais. J'apprenais également à me servir d'Ableton et je me plongeais dans l'enregistrement sur le terrain et la conception sonore. Au départ, c'était une sortie numérique et un objectif que je m'étais fixé de sortir un projet. En fait, j'ai arrangé les morceaux sur des clés USB pour les donner à certains des artistes qui jouaient au Movement Festival à Détroit cette année-là, une sorte de démo. C'était un projet très amateur et authentique, et j'aime beaucoup cette époque et le travail qui en a découlé. Kero de Detroit Underground m'a contacté pour sortir un 12 inches sur son label."

Le design du vinyle est également l'oeuvre de Rebecca Goldberg, par ailleurs graphiste indépendante en parallèle. L'un et l'autre ne font finalement qu'un et soulignent le lien étroit entre les deux arts, et expliquent le souci du détail affiché par l'artiste sur ses artworks.

"J'ai toujours été intéressée par la musique, l'art, le design et la recherche d'un style de vie créatif. Incorporer ma passion pour les arts dans ma vie et mon gagne-pain est naturel pour moi. J'ai conçu des prospectus, des affiches, des couvertures d'album et des promotions sur les médias sociaux pour moi-même et d'autres artistes au fil des ans."

Pressé à l'origine à 500 exemplaires, "313 Acid Queen" a marqué de fort belle manière l'entrée de Rebecca Goldberg au sein de cette communauté de producteurs Techno de Détroit. La suite a pu s'enchainer assez rapidement, avec les EP's "ω−3 fatty acids", "The Record Shop" puis "Synthetic World" l'an dernier. Au gré de ses sorties, Rebecca Goldberg explore diverses facettes d'une Techno radicale par ses sonorités acid, mais également très proche du côté émotionnel initié par ses illustres pairs de la scène locale. Des morceaux tels que "The Moon is High and So Am I" ou "Now the Time Is" sont d'excellents symboles de cette dualité, et permettent de cerner d'autres inspirations de l'artiste, très sensible à tout ce qui peut l'entourer.

"Je suis influencée par le monde qui m'entoure, en particulier la nature et les sons de l'industrie (ou de ce qui l'était autrefois). J'aime explorer les bâtiments abandonnés et j'apprécie particulièrement les endroits où la terre a commencé à reconquérir les espaces autrefois habités et recommence à pousser. Heureusement, à Détroit, nous avons une intersection très importante de ces deux mondes ! Les choses que je préfère enregistrer sont les transports en commun, les sons de la nature, les sons de voyage, l'eau... le monde qui m'entoure est ma boîte à outils audio !"

Aussi personnelles que soient ses créations, l'influence de sa ville reste évidente. Détroit n'est définitivement pas et ne sera probablement jamais une ville comme les autres musicalement, et Rebecca Goldberg s'inscrit naturellement dans ce riche héritage, en fait une force et rend sa signature complètement unique. Le mythe qui se dégage autour de la scène musicale de Détroit est également ressenti de l'intérieur, l'hommage qu'en fait Rebecca Goldberg va encore au-delà de la seule musique.

"Je m'inspire de tout l'art qui m'a précédé. Dans mon travail de conception graphique, la culture de Détroit se voit évidemment comme une influence. J'aime la couleur, le pop-art, les affiches de voyage, la typographie et le design traditionnel du passé. Je pense que nous sommes tous le produit de notre propre environnement, et que Détroit est bien sûr une influence majeure dans tout mon travail.

Musicalement, la scène de Detroit est très organique. Elle est toujours en train d'évoluer et remonte certainement plus loin que les débuts de la Techno. Mon engagement s'est évidemment inscrit dans le sillage de ce que beaucoup de gens pensent lorsqu'ils évoquent le "mythe de Detroit". Donc ce que vous imaginez, je pense que beaucoup d'entre nous, artistes contemporains de Detroit, l'imaginent aussi et s'en inspirent. C'est maintenant à nous de maintenir un héritage tout en reconnaissant le chemin qui a été tracé pour nous.

C'est en m'impliquant de toutes les manières possibles que je suis entrée dans cette scène. J'étais intéressé par le DJing, mais je faisais aussi du design à l'époque. J'ai commencé par faire des flyers pour les soirées House que Bruce Bailey organisait et j'ai fini par offrir mes services de conception en échange de quelques créneaux d'ouverture lors de ses événements. Ces soirées ont été très formatrices pour moi, car elles m'ont permis de me faire les dents et d'être accepté par les vrais chefs de la communauté underground. J'ai appris d'artistes de toutes sortes. Mes projets sont tous un reflet d'eux et de leurs influences sur mon univers. Détroit a une histoire tellement riche, musicalement, artistiquement, industriellement... il est presque impossible de ne pas être constamment inspiré ici. J'ai eu la chance de vivre des expériences incroyables qui ont changé ma vie, directement ou indirectement liées à la musique. J'ai pu échanger avec des personnes qui étaient toutes à des degrés divers dans leur parcours de vie et, pour moi, la nature de ce type d'expériences est ce qui me fait avancer et m'inspire le plus."

Si l'hommage à sa ville est beau et vibrant, donne une matière contemporaine à un mythe étalé sur plusieurs décennies, Rebecca Goldberg puise également son inspiration tout autour d'elle, comme à l'affût d'un son qui peut surgir à tout moment de son environnement.

"Je suis constamment inspirée par le monde qui m'entoure et je puise des sons et des idées dans ma vie et ses moments, des parcs de Detroit au U-Bahn de Berlin."

En se muant en véritable exploratrice sonore, Rebecca ouvre également un autre chapitre musical, qui rend son univers encore plus passionnant et riche. Au-delà de ses sorties sur disques, elle propose des créations plus expérimentales, toujours en jouant avec maestria sur les textures et les sons. Son attrait pour le sound-design l'a par exemple poussée à publier des oeuvres de musique concrète, avec la série "Activity Of Sound", suite de sons détachés de leur contexte et juxtaposés à des compositions électroniques joués live avec des échantillons enregistrés provenant du monde entier.

"C'est d'un récit expérimental, réfléchi et reflétant divers environnements. Les deux parties de la série ont été jouées en direct et enregistrées lors d'une série d'événements organisés à Detroit, appelée BAK DØR. Je suis très reconnaissant d'avoir un point de vente ici où je peux présenter mon travail le plus expérimental dans un environnement souterrain."

Grâce à Rebecca Goldberg, les sons peuvent sembler prendre une autre vie, décliner leur seconde nature en étant déportés de leurs origines.

"Le fait qu'une suite de klaxons de train prenne le contrôle du système sonore à 5 heures du matin pour les personnes qui méditent dans la salle chill-out est un souvenir inoubliable."

Toujours prête à dégainer son iPhone ou son enregistreur Tascam pour saisir un instantané sonore, Rebecca Goldberg semble à l'affût et tout peut devenir source d'inspiration.

Photo : United Photo Works

"Je n'oublierai jamais la première fois, debout sur le balcon de mon ami Yoann à Paris, que j'ai entendu pour la première fois le son d'une ambulance européenne. Le lendemain soir, nous organisions un événement au Moulin Rouge au cours duquel j'allais interpréter ma partition originale pour Le Voyage Dans La Lune. Je dois dire que l'expérience d'entendre l'ambulance, pour la toute première fois, a été aussi exaltante que la grande représentation."

Cette anecdote révèle au passage un troisième volet du riche travail de l'artiste. Si comme beaucoup de ses pairs elle trouve en la science-fiction et le futurisme une source d'inspiration immense, Rebecca Goldberg a poussé l'expérience jusqu'à proposer des créations sonores accompagnant des films. Celle évoquée pour "Le Voyage dans la Lune" de Georges Méliès est une sublime et touchante interprétation, qui ne fait qu'un avec l'image, colle au côté futuriste et à l'intensité de ce chef d'oeuvre de 1902.

"J'adore ce court-métrage, qui est largement considéré comme l'initiateur du genre de la science-fiction. Après une performance en live à Détroit et deux ciné-concerts organisés par Why So Serious Productions au Silencio et au Moulin Rouge à Paris, où nous avons projeté le film et interprété la musique en direct, il était important pour moi de rendre quelque chose de physiquement disponible pour commémorer ce travail. J'ai créé une clé USB contenant toutes les pistes audio ainsi que le film mélangé à ma musique originale. J'imagine qu'une clé USB est déjà un peu dépassée à ce stade, mais avoir quelque chose de matérialisé dans le monde physique à partir de mes productions a toujours été très important pour moi."

Également responsable d'une réinterprétation de la musique du classique "Gojira" de 1954, Rebecca Goldberg s'affirme comme une artiste épanouie en live, et toujours désireuse de s'ouvrir à de nouvelles expériences.



"Après Le Voyage Dans La Lune, j'avais vraiment envie de composer la musique d'un autre film, mais plus long et avec des dialogues. J'avais enfin vu l'original de Gojira et je suis tombée amoureuse de l'idée de réécrire le film. Je ne pense vraiment pas que je savais dans quoi je m'engageais quand j'ai commencé. Outre les recherches nécessaires pour travailler sur un film d'une telle importance culturelle, la façon dont les pistes audio étaient enregistrées était archaïque et représentait un défi pour le travail. Il était parfois nécessaire de couper les dialogues. Le processus a donné lieu à de nombreuses décisions créatives et techniques. J'ai créé des sons et des idées qui me plaisaient en tant que cadre, tout en me laissant de la place pour l'improvisation. J'ai joué la pièce de deux heures en direct avec le film à Detroit devant une douzaine de personnes. C'était très intime et expérientiel, et l'une de mes performances préférées.

J'ai également présenté un spectacle de John Cage fusionné avec de la techno, produit par le Detroit Bureau of Sound, avec des membres de l'orchestre symphonique de Detroit. Nous avons joué le spectacle à la Red Bull House of Art à Détroit. C'était l'expérience la plus unique que j'ai vécue jusqu'à présent et un rêve absolu réalisé pour honorer un artiste d'un tel impact comme John Cage."

Cover : "313 Acid Queen"

Ce rêve absolu n'empêche pas Rebecca Goldberg de continuer à regarder de l'avant, et les semaines à venir vont être riches en nouvelles aventures. Son fabuleux travail en solo lui a ouvert les portes de prestigieuses et aventureuses collaborations, c'est très rapidement un projet en duo et "en interne" qui viendra se poser sur les platines. Dors et déjà disponible en précommande, l'album "BUILDINGS" réalisé avec l'artiste italien SickBoy, issu également du label Detroit Underground, sortira le 20 juin. Rebecca Goldberg y renfile son alias 313 Acid Queen, et l'association des deux artistes sera un beau retour aux racines du son de Détroit, avec la particularité d'un enregistrement dans le contexte covid.

"Les morceaux ont été écrits pendant la pandémie et je pense que nous avons tous les deux échangé sur le fait que nous avions du mal à obtenir et à rester motivés pour terminer le travail pendant une période aussi unique dans le monde. Fidèles à la forme de l'époque de la pandémie, nous avons travaillé ensemble à (longue) distance en utilisant la technologie de notre temps. Google Translate, Instagram messenger, l'email, etc. sont devenus aussi essentiels que nos instruments et nos DAWs. Nous avons passé plusieurs mois à nous envoyer des pensées et des brouillons dans les deux sens, jusqu'à ce que notre œuvre finale voie le jour. La fusion de nos esprits est devenue si fluide qu'à l'écoute, je ne me souviens plus qui a réalisé certaines parties ! C'était un défi extraordinaire et hors du commun de travailler de cette manière en traversant les fuseaux horaires et les langues. Pour moi, il s'agit de garder tout cela dans l'underground et aussi DIY que possible. Il est important de noter que DIY signifie "do it yourself", mais j'ai toujours trouvé que la force résidait dans le nombre et dans la mise en place des meilleures collaborations. Il est impossible de faire tout cela tout seul, et pourquoi le vouloir ?"

Aucune raison, en effet au vu des premiers morceaux disponibles à l'écoute, qui confirment cette fluidité de création, et l'évidence d'une complicité musicale entre les deux artistes. L'incroyable morceau "STRUCTURE" par exemple, sonne comme une fantastique épopée Techno gorgée de cette deepness si caractéristique du son de Détroit. Alors que le monde va progressivement reprendre une vie la plus normale possible, cette sortie tombera à point nommé et - espérons le - saura se propager aux 4 coins du globe.

Et comme Rebecca Goldberg ne semble pas vouloir s'endormir sur ses lauriers, ce sont de nouveaux projets qui vont s'ouvrir à elle, toujours aussi diversifiés et ouverts sur ce qui l'entoure.

"Cet été, je vais retourner à l'enregistrement sur le terrain car je travaille en ce moment sur une série pour le projet Radiophonic Travel Agency de la BBC. Alors que le monde se remet sur pied après une année troublée, je suis très enthousiaste à l'idée de recommencer à voyager, à donner des concerts, à vivre des expériences avec des amis du monde entier et à me concentrer sur ce qui est important ici, chez nous."

L'importance de l'essentiel n'empêche pas de se nourrir de rêves, et lorsqu'on lui demande quel serait le sien musicalement, l'expérience projetée semble comme une évidence.

"Mon projet idéal serait de composer la musique d'un nouveau long métrage original. J'aimerais composer pour un nouveau film et avoir la chance de développer une relation réalisateur-compositeur qui rappelle celle de Bernard Herrmann et Alfred Hitchcock ou de Howard Shore et David Cronenberg."

En attendant, les retardataires ont déjà beaucoup à écouter et découvrir de Rebecca Goldberg, définitivement un beau symbole de la vivacité électronique made in Détroit.